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Dimanche 3 juin 2007

         Il a 3 ans. Il s'appelle Djaali. Issu d'une famille de six enfants il est le seul a avoir atteint cet âge remarquable. Il faut dire que l'absence d'alimentation, le manque d'eau, les maladies et la chaleur ont eu raison de sa famille. Il erre sur cette terre aride, seul, les yeux grands ouvert et le ventre vide. 

La piste au bord de son village est balayée par le vent chaud. Aucun camion, aucun convoi ne viendra aujourd'hui. L'horizon est morne et l'avenir aussi. Un cri surgit d'une hutte sans toit. C'est une femme qui accouche d'un enfant. Mort. Tant mieux. Il ne fait pas bon vivre en pays de souffrance.

Djaali avance sous le soleil hostile. Sa bouche asséchée, ses jambes toutes fébriles l'empêchent de continuer. Il s'allonge par terre, tel une bête traquée. Il ferme ses grands yeux. Le soleil brûle un peu. Mais qu'il est bon pour lui de reposer ainsi. La misère l'a tué. Le voilà enfin délivré...

Elle s'appelle Juliette. Elle a 4 ans. Elle va à l'école maternelle de son quartier. Juliette n'est pas comme les autres enfants. Elle a un regard triste et ne sourit jamais. Personne ne s'en préoccupe. Cette enfant est comme ça, voilà tout ! Les parents ne sont pas bien bavards non plus.

Juliette rentre tous les soirs avec son papa. Sa maman travaille comme femme de ménage. Son père est au chômage depuis qu'elle est née. Il boit beaucoup de vin, et crie toujours sur elle. Elle est tétanisée quand elle est avec lui.

Ce soir, elle est heureuse, il n'a pas l'air bourré. Elle file dans sa chambre et joue avec ses poupées. Elle leur fait la cuisine et leur chante des chansons. Emportée par la nouvelle chanson apprise à l'école elle se met à chanter à tue-tête. A rire et à danser comme n'importe quelle gamine de 4 ans. Mais ce que Juliette ne sait pas c’est que son père vient de finir une bouteille de vin. Il monte quatre à quatre les escaliers et surgit dans sa chambre, une ceinture à la main. Il commence à frapper, frapper et puis frapper. Le petit corps frêle qui, chaque soir est meurtri, par les coups assénés, répétés, tombe, inanimé. Sa tête vient de s’écraser sur le chambranle de l'armoire en chêne. Pour Juliette, 4 ans, c’est enfin le silence.

Il est 17h30 ce 25 novembre 2005 quand Juliette rencontre Djaali.

Ecrit le 27/11/2005

 

 

Par Etc - Publié dans : Chroniques humaines
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