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Lundi 4 juin 2007 1 04 /06 /Juin /2007 19:28

20h45. Vite, il faut que je m’en aille. Je suis vraiment en retard.
Un dernier petit coup d’œil dans le miroir (très bien, je suis présentable) et je mets mon manteau. Mais où sont mes clefs ? Dans ta main, pauvre fille ! Allez, maintenant, l’ascenseur, deux stations de métro et je suis dans ses bras ! Viiiiiiiiiiiiiiiite ! Depuis le moment que j’attends ça ! Des semaines que l’on discute sur Internet et voilà que le moment tant attendu arrive. Je suis dans un de ces états !!!

V’là autre chose ! Qu’est-ce qui se passe ce soir ? Ils ont tous décidés de sortir en même temps et en pleine semaine ? Jamais vu autant de monde dans cet ascenseur.
D’abord y’a la vieille du 6ème. Une espèce de taupe qui surveille tous les va et vient et qui chasse les chats de l’immeuble à grands coups de balai ! Elle s’est mise sur son trente-et-un la viauque ! Comme si ça pouvait changer quelque chose à son air aigri de mal-baisée. Non, non Mme Mesquine, le rouge à lèvres ne vous rend pas jolie.

Y’a aussi le petit jeune du 6ème, son voisin. Lui il est sympa. Déjà il dit bonjour ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Bien sûr il fait un peu de bruit certains soirs. Mais ce n’est pas tout le temps et à son âge on a bien le droit de s’amuser, non ? Tiens il me regarde avec un drôle de sourire. Non, non mon coco, ne rêve pas, je ne suis pas belle pour toi.

Puis, y’a le rondouillard du 5ème avec ses deux gamines mal polies et arrogantes et sa femme qui ressemble à rien mais qui se la pète. Alors celle-là, je ne peux pas me l’encadrer. Elle se croit supérieure aux autres. Elle fait celle qu’à du fric mais je l’ai surprise l’autre jour, rentrant de faire ses courses les mains pleines de cabas Ed. Vous savez l’épicier discount. Elle peut faire ses grands airs mais j’ai bien compris, moi, que derrière ses sacs Vuitton et ses foulards Hermès, elle n’avait pas de quoi faire manger ses gamines. Elle est tout ce que je déteste. Arrogance et suffisance, apparence et hypocrisie. Ce genre de bonne femme ce n’est pas le genre à faire partie de mes amies. En plus, je ne sais pas où elle va ce soir mais ce qui est sûr c’est que depuis qu’elle a mis les pieds dans ce foutu ascenseur ça pue drôlement ce parfum capiteux que je ne supporte pas. Elle en a mis une tonne, la mégère. Vite, il faut que je sorte de cette atmosphère nauséeuse et confinée. Parce que question espace, ils n’ont pas fait dans le loft pour cet ascenseur. A sept, ça tient du miracle si la sonnerie n’a pas encore retenti. Pourvu que ça tienne !!
Les étages défilent. Troisième, second. Et puis là, stop. Arrêt ! La cabine est immobile ! Non, ne me dites pas que nous sommes coincés !!

20h55. Dans cinq minutes je devrais être chez lui. Et je ne peux pas sortir de ce maudit ascenseur !
En plus l’autre mec du 6ème qui me colle. Celui-là commence vraiment à me gonfler avec ses mains qui profitent de l’exiguïté du lieu. Je le pousse du coude mais non, il ne comprend pas. C’est ça fait l’idiot joli cœur, je vais vraiment finir par m’agacer ! Tu vas comprendre, ch’ti gars, de quel bois je me chauffe ! Et qu’est-ce qu’elle a, la pollueuse? Elle n’veut pas se calmer ! Ce n’est qu’une panne. Suffit de sonner le service de manutention et on sera délivré. Mais qu’est-ce qu’elle attend pour sonner cette conne ? Je suis coincée entre la vieille taupe et le petit jeune et mon bras ne peut atteindre le bouton pour donner l’alarme. C’est bien, y’a le rondouillard qui se décide. Oui, c’est ça pépère, appuie sur le bouton. C’est bien, t’es un gentil garçon. Maintenant y’a plus qu’à espérer que ça réponde. La connexion se fait avec le service. Ca sonne, ça sonne et ça sonne pendant des minutes interminables. Alors, ils vont répondre ?
21h10. Toujours rien. La pétasse commence vraiment à s’exciter. Elle engueule les morveuses parce qu’elles se disputent. Puis c’est son mari qui trinque. Pourquoi l’a-t-il fait sortir pour aller à la soirée de son employeur ? Oui, pourquoi ? Elle aurait du rester chez elle avec les filles ! Comme elle l’avait décidé. Mais non, il avait encore protesté et total la voilà coincée dans cette fichue cabine au milieu des voisins. Il allait lui payer cette soirée pourrie. Son mec ne bronche pas. Que peut-il dire ? Visiblement il a horreur des esclandres. Et puis de toute façon, s’engueuler ne résoudra rien. Brave pépère, va ! A ta place, moi, j’aurai lâché l’affaire avec elle depuis longtemps.
Mais il va arrêter de coller ses mains à ma jupe, lui ? Hum, c’est agréable. Non mais qu’est-ce que je dis ? Je ne le connais même pas ce type ! C’n’est pas parce qu’il me dit bonjour qu’il doit se croire tout permis. Et puis, j’ai rendez-vous avec lechevalierdunet ce soir… Il faut que je me ressaisisse ! Je sens sa main qui bouge imperceptiblement Une chaleur incandescente se diffuse au creux de mon ventre. Mais pourquoi ça me fait ça ? Je ne suis pas en manque de sexe et ce garçon n’est pas mon genre. Pourquoi mon corps réagit-il comme ça ? J’ai une subite envie de me retourner et de coller ma bouche contre ses lèvres. De mélanger ma langue à la sienne et de me laisser caresser tout doucement. Mes jambes s’écartent subrepticement. Je sens un liquide s’échapper de moi et mouiller ma culotte. J’ai envie qu’il me prenne là, maintenant, sans attendre. Je suis comme folle. Il se rapproche de moi. Je sens son désir collé à mes fesses. Il me veut ! Mes yeux se plissent. Je tourne ma tête vers son regard. La lumière s’éteint. Je divague et me laisse aller à mes sens éveillés par toutes ses caresses.
Mais l’ascenseur redémarre. La lumière se rallume. Nous sommes au rez-de-chaussée.
Il est 21h30. Je n’irai pas au rendez-vous. Mon envie est passée.


EtC

Ecrit le 27 novembre 2005

Par EtC - Publié dans : Loufoquerie
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