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Samedi 9 juin 2007 6 09 /06 /Juin /2007 10:05

23 décembre. La course contre la montre est lancée. Vous vous étiez bien juré pourtant au lendemain des fêtes de l’année passée que vous vous y prendriez plus tôt. Mais non, nous sommes le 23 décembre et rien n’est fait. Pas le plus petit cadeau pour vos enfants, pour votre conjoint (quel drôle de nom pour la personne qu’on aime), sa famille et la vôtre. Pour le repas, ce n’est pas mieux avancé. Ah ? Ca se fait chez vous  mais vous n’avez pas d’argent. Alors là, c’est effectivement un peu plus compliqué. Et le crédit vous y avez pensé ? Oui, oui, vous en avez trop. Ok, ok. Et le loto, les « gratte-gratte », le hasard quoi ? Vous venez d’acheter un millionnaire. Et vous attendez quoi pour gratter ? Bien sûr vous vous exécutez et oh, vous avez gagné ! Ouiiiiiii ! 3000 € ! D’un coup vous y croyez à la magie de Noël… Tout d’abord, direction le buraliste pour vous faire payer. Mais pas de chance (eh oui, on ne peut pas gagner à tous les coups) il faut aller dans un bureau de la Française des Jeux. A 15 Kms ! Et bien sûr vous êtes à pied ! La course conte la montre va être pire que tout ! Oui il y a un bus pour y aller. Toutes les heures. Et vous voilà à courir vers l’arrêt et attendre 45 minutes car vous êtes trop en retard ou trop en avance. Il fait froid bien sûr, puisque nous sommes fin décembre. Un blizzard s’est levé et vous avez oublié votre écharpe et vos gants dans la précipitation. Décidément, quelle galère Noël. Vous montez enfin dans le bus où s’entassent comme du bétail des tonnes de gens qui, comme vous, vont faire leurs achats. Vous observez bien la route de peur de manquer l’arrêt. Mais comme il y en a pour un minimum d’une demie heure et que vous n’avez rien à lire vous trouvez le temps long. Les autres ne vous intéressent pas. Vous pensez aux 3 000 euros  que vous êtes impatient de percevoir. Et à ce que vous allez en faire. Pleins de cadeaux aux enfants et à votre conjoint pour commencer. Pour la famille vous verrez sur les stands de produits régionaux ou artisanaux dont regorgent tous les centres commerciaux en cette période fête. Quant au repas, vous optez pour une livraison traiteur. Il faut marquer le coup. C’est Noël !!! Vous arrivez enfin au bureau de la Française des Jeux et miracle il est ouvert ! Comme il se doit en pareilles circonstances, vous affichez un sourire rayonnant. 3000 euros en cette période de vaches maigres, ce n‘est pas rien ! D’un coup vous êtes réconcilié avec le monde des vivants, avec la tradition de Noël – après tout Jésus et le bon Dieu existent certainement puisque vous avez gagné- vous qui ne bossez plus depuis quelques mois et qui voyez s’accumuler, impuissant, factures et endettement. On vous donne votre chèque mais pas d’espèces. Vous allez devoir aller à la banque. Ah, si vous le déposez il va être aspiré par le compte gourmand ? Oui, oui, effectivement. Vous négociez avec la gentille dame blonde d’une cinquantaine d’années qui délivre le passe à la consommation  pour qu’elle vous remette un chèque pouvant être payé par une banque. Elle s’exécute. Elle fait sa B.A de Noël. Oui, vous y êtes arrivé. Vous êtes fier. Mais il est déjà 16h30. La banque est à l’autre bout de la ville et ferme dans une demie heure. Un taxi ? Non, avec les embouteillages ce serait pire que tout. Le bus ? Oui, mais lequel. Vous sortez rapidement de l’agence, demandez votre chemin pour aller au bus le plus proche à un gentil bonhomme qui promène son chien. Vous arrivez à l’endroit indiqué, haletant, dégoulinant de sueur malgré le froid, mais optimiste. D’autres personnes attendent à l’arrêt, c’est bon signe. Vous fumez une clope car vous êtes convaincu que ça fait toujours arriver les bus. La première bouffée après la course arrache la trachée et c’est ce que vous préférez. Non non, vous n’êtes pas masochiste, vous êtes drogué. La superstition tient ses promesses, le bus arrive. Si tout se passe bien vous êtes à la banque dans moins de 15 minutes. Allez, allez, démarre, dites-vous intérieurement à ce chauffeur de bus qui se moque de Noël car il bosse pendant les fêtes. Il est 16h55. Vous êtes devant la banque. Le vigile ne veut pas vous laisser entrer. Vous lui promettez 50 € s’il fait un effort. Forcément, il accepte. Les guichetiers ne sont pas heureux de vous voir arriver. Ils ont leurs courses à faire eux aussi. Vous mettez bien trois minutes à chercher le chèque que vous avez planqué dans la poche de votre sac qui en compte 10. Vous le dépliez, fier et heureux de le tendre à monsieur grincheux-j’ai-fini-l’heure-c’est-l’heure. Il regarde le montant. Vous regarde de nouveau. Nous n’avons pas cette somme à la caisse. Il faudra revenir demain, les coffres sont inaccessibles ! Vous commencez à voir rouge. Ils commencent tous à vous gonfler. Vous demandez si vous ne pouvez pas au moins avoir une partie de la somme. Non, ce n’est pas possible. Vous n’avez pas de compte ici. Vous demandez si vous pouvez en ouvrir un. Non, ce n’est pas possible les chargés de clientèle sont partis. Ok, ok, vous montez d’un ton. Vous hurlez que c’est inadmissible. Vous avez besoin de cet argent. Le vigile, alerté, entre en trombe. Ils vous attrape par les épaules et vous jette dehors avec en prime un grand coup de pied au cul ! V’la pour les cinquante Euros ! Vous vous retrouvez sonné sur le bitume. Vous rentrez chez vous moitié à pied, moitié en bus. Vous arrivez dans votre trois-pièces à 21 heures. Abattu, fatigué et irascible. Votre conjoint vous attendez en faisant les cent pas dans le salon. L’ambiance à la maison est, depuis des semaines, très tendue. Vous décidez de ne pas discuter, de ne pas vous défendre pour éviter que ça se termine en engueulade notoire mais non. Vos résolutions sont bien faibles à côté du torrent de reproches dont vous assaille votre cher(e) et tendre. T’as vu l’heure ? Et les enfants ? T’étais où ? T’es déjà pas fichu de bosser alors si tu traînes en plus ! Etc.. etc.… Vous rétorquez, parler plus fort que l’autre et finissez par claquer une porte au hasard et par vous enfermez. Demain, vous serez de nouveau seul. Demain vous percevrez ce chèque.

    La nuit passe. Le jour se lève. Vous déposez les enfants au centre de loisirs. Vous filez à la banque. Recevez l’espèce entre vos mains. Vous économisez 50 € car le vigile de la veille n’est pas là. La journée s’annonce plus calme que la veille. Vous prenez un taxi. Vous pouvez vous le permettre. Vous allez dans le centre commercial le plus proche. Là, vous vous battez avec les caddies des autres acheteurs frénétiques de Noël, qui se bousculent, s’invectivent, se regardent de travers et sont prêts à se battre pour un jouet à la mode. Votre pugnacité l’emporte et vous parvenez non sans mal à prendre le dernier micro Star’Ac qu’attendait votre aînée. Vous restez des heures devant les rayons disques, traiteur, livres, vêtements. Votre caddie est plein. Il est déjà 18 heures. Vous êtes fier même si vous avez dépensé les ¾ de la somme. Après tout les dettes, on s’en fout. Demain est un autre jour ! Encombré comme vous êtes, vous décidez de prendre un taxi qui vous prendra bien sûr 2 € par bagage. Avec la montagne de cadeaux que vous avez, vous imaginez le tarif. Tant pis, c’est Noël. Et pour une fois vous allez gâter tout le monde. Vos enfants seront fiers d’annoncer à leurs copains tout ce qu’ils ont eu, signe de votre bonne santé économique. Votre conjoint retrouvera le sourire et vous fera peut-être de nouveau confiance. Il ne vous traitera plus de looser et vous referez enfin l’amour. Quant à votre famille et à la sienne, ils seront épatés de voir à quel point vous savez vous débrouiller sans leur demander de l’argent. C’est heureux donc que vous rentrez au logis. Vous avez attendu le taxi un petit quart d’heure dans le froid mais tout ce qui vous occupe mentalement  c’est votre arrivée au foyer. Les rues illuminées défilent derrière les vitres arrière de la voiture. Quelques minutes plus tard vous êtes chez vous. Moyennant un généreux pourboire le taxi accepte de vous déposer devant votre entrée de HLM. Par chance vous habitez au premier étage. La concierge qui, est exceptionnellement là, vous aide à monter vos paquets, des fois que vous auriez de quoi payer ses étrennes Vous entrez. Vous allumez la lumière les bras chargés. Personne. Plus de meuble. Sur l’unique table restée dans le salon, un mot : « Tu reverras tes enfants dans 15 jours. Toi et moi c’est terminé. Ne me cherche pas. B. »

 

Le compte à rebours avait été lancé. A courir après le superflu vous aviez perdu l’essentiel. Toujours à vos dépens, vous apprenez qu'aucun cadeau ne vaut  les rires de ceux qu’on aime.

 

 EtC
Ecrit le 22 décembre 2005

Par Etc - Publié dans : Chroniques humaines
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