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Loufoquerie

Mercredi 6 juin 2007

Il y a quelques heures, mon mari me disait : « De toute façon, tu n’aimes personne. A part ton balai ». Sur le coup, j’ai ri. Bien sûr, je vous raconte ça à froid alors ça ne vous fait pas rire. Mais bon, moi j’ai trouvé ça drôle. Il est marrant, parfois mon mari. Tout ça pour dire qu’après avoir bien ri, ça m’a trotté dans la tête sa réflexion. Et s’il avait raison, après tout ?
        En y repensant bien, mon premier souvenir d’enfance c’est quand ma mère m’avait offert tout le nécessaire de la parfaite petite ménagère de 3 ans. Que j’étais fière de ces ustensiles. Le balai surtout ! Avec un manche rouge et la brosse bleue qui brille. De toute beauté. Je le trimballais partout. La plupart des gamines de mon âge avaient des poupées. Moi, je me traînais avec mon balai. J’aimais bien le passer partout où moi-même je passais. Un peu comme si c’était ma continuité. Je me souviens encore de la crise que j’ai faite quand mon nigaud de grand frère l’a cassé sur le dos d’un de ses petits copains de classe. J’avais sept ans. J’étais trop vieille aux yeux de mes parents pour le remplacer. En grandissant, j’utilisais celui de maman. Je prétextais de l’aide. Je voyais bien que ça l’arrangeait. C’était toujours ça en moins côté tâches ménagères.  J’ai toujours aimé les balais parce que j’aime quand c’est propre. Logique, non ? J’ai toujours été comme ça. Alors parfois, quand j’étais gosse, avec mon frère ça ne collait pas trop. Parce que lui question bordel, il se posait là ! C’est pas difficile pour rentrer dans sa chambre fallait enjamber les fringues, les magazines, les cendriers pleins et toutes ses conneries avant de parvenir à son lit. Et sa chambre faisait, à l’époque, à peine 9m2 ! C’est dire. Non, non, je vous jure, je n’exagère pas ! Enfin, pour en revenir à mon balai, c’est grâce à lui, un jour où mon cher frère voulait m’en décoller une, que j’ai pu tout éviter et lui filer une dérouillée. Je ne vous dis pas ce qu’il a pris le frérot. Et un coup sur le flanc droit, un coup sur la tête avec le plat de la brosse, et vas-y que je te balance le manche entre les deux jambes. Plié le garçon. Ah, c’était cool ! Bon souvenir. Et grâce à mon balai. Quand je vous le dis !
        A l’adolescence par contre ça a été plus compliqué. Les copines, puis les copains et encore les copines. La honte de leur montrer que j’aidais ma mère. Les parents qui font chier. Moi qui sais plus trop où je crèche. Enfin, le balai dans tout ça, oublié. J’ai passé mon bac puis j’ai pris mon indépendance. Et je me suis installée. Petite chambre de bonne ridicule sous les toits de Paris, canapé mousse où quand tu t’assieds dessus tu t’écroules deux minutes plus tard sur le sol, coin-cuisne et douche-w.c à peine séparés. Et de la peinture, et du carrelage, et un balai ! Les études, le ménage, et le balai. Les petits copains pas très souvent alors bien heureuse, je l’avoue, d’avoir mon manche à moi. Non, je n’ai pas honte ? Qui a dit ça ? C’est bien mieux, pour assouvir ses vraies envies, un manche à balai plutôt qu’un manche à couilles d’un soir, quand on y regarde de plus prêt. Avec un balai, vous êtes en confiance. Vous êtes sûr qu’il ne vous posera pas de rencard, ne vous trompera pas, ne jouira pas avant vous, sera là quand vous le voudrez et comme vous le voudrez. L’idéal. Bon, bien évidemment, côté conversation, c’est léger. Mais en même temps, vous les trouviez drôles, vous, les mecs qui vous draguaient à la fac ou dans les bars miteux avec, en guise d’esprit, deux grammes cinq d’alcool et à l’arrivée une petite quéquette bonne à rien ou pas à grand chose ? Moi, après deux tentatives, ils ne me faisaient plus franchement envie. Alors, quand les désirs étaient plus forts que la honte enseignée par mon éducation judéo-chrétienne à propos du sexe, je prenais le manche du balai et astiquais d’autres toiles d’araignées. 

 Cette période n’a pas duré longtemps. J’ai vite rencontré mon mari. Je suis rentrée dans une entreprise où je suis assistante de direction tout de suite après avoir quitté la fac. Naturellement, nous nous sommes mariés. Mon boulot ne me passionne pas. Mon patron est d’ailleurs un gros porc, marié avec trois enfants. Le genre de mec qui s’empiffre de charcuterie à tous les déjeuners, a un bide énorme et sue à grosses gouttes...et ne sait pas faire autre chose que de vous balancer son haleine fétide en même temps que ses postillons dans la tronche. D’une manière générale, je ne côtoie pas grand monde. Nous sommes quatre dans la boîte dont deux à temps partiel. Je suis mariée depuis dix ans cette année. J’ai deux enfants de respectivement 8 et 6 ans. Ma vie est celle d’une femme qui passe ses week-ends à nettoyer et ses semaines à engueuler la famille pour que ça reste propre.  Et je vais vous dire franchement, le seul qui m’aide, qui me soutient, qui est constant tout en restant discret et serviable, c’est mon balai. Bien sûr, parfois il me fout en rogne. Un truc qui m’énerve avec lui c’est qu’il ne tient pas toujours quand je le pose contre un mur. C’est agaçant. Mais agaçant au possible. Non, vous, ça ne vous fait rien ? Moi si. Je ne sais pas pourquoi mais y’a des week-ends où il me le fait tout le temps. A la fin je le balance dans le cagibi. Et je peux vous dire que je suis intraitable. Il y reste toute la semaine. Je ne dis pas que ce n’est pas dur pour moi. Rester comme ça sans le toucher. Sans frotter ses poils contre le parquet et le carrelage, sans que je le prenne par le manche et que j’astique la maison. Surtout qu'on le fait plusieurs fois par jour. Tu penses avec les gosses, les potes qui viennent passer le week-end, on a souvent l’occasion d'avoir des relations lui et moi.
        Je ne dis pas que ça n’agace pas mon mari. Mais vous reconnaîtrez quand même que c’est de la jalousie primaire. Oui, je passe souvent le balai, mais n’est-ce pas le lot de toutes les femmes du monde ? Après tout, je ne suis pas la seule sur cette planète à me servir d’un manche pour améliorer mon confort. C’est aussi le lot de beaucoup d’épouses. D’autant que je ne joue plus avec mon balai, si vous voyez ce que je veux dire. J’ai mon mari pour ça. Reconnaissons quand même, et je vais me contredire, que c’est plus agréable. Moins disponible mais plus agréable. On m’a toujours dit qu’il valait mieux privilégier la qualité plutôt que la quantité, enfin, si on a le choix. J’ai choisi mon mari.

      J’espère que je ne vous choque pas avec mon histoire de balai, de manche et de mari. Non, parce qu’après tout, il y en a pleins des nanas qui utilisent toutes sortes de sex toys, comme disent les English,  pour combler leurs corps envahis de fantasmes lubriques  ou délaissé par des maris infidèles ou égoïstes (ce qui revient au même). L’avantage avec mon balai c’est qu’il ne me sert pas qu’à ça. Alors qu’un godemiché, à part vous le mettre où je pense, je ne sais pas trop à quoi ça peut servir. Tout ça pour dire –je sais je m’égare beaucoup- sur le plan cul, avec mon balai c’est fini. Mon mari n’a donc pas de raison d’être jaloux.

    Et si je passe beaucoup de temps à faire le ménage, c’est bien à cause de lui et des enfants. Alors qu’on ne vienne pas me reprocher mon balai ! En plus, c’est injuste car ces derniers temps j’ai fait des efforts. Je l’ai laissé se reposer, mon balai. J’ai utilisé un tout nouvel engin que mon mari vient de m’offrir pour la fête des mères. Vous savez ce que c’est ? Un aspirateur ! Il est gentil mon cher et tendre. Je l’aime bien. Je ne sais pas si je resterais autant de temps avec lui qu’avec mon balai. Mais quand même il est facile à vivre. Et pas bête. Grâce à lui j’ai compris. Celui que j’aime depuis toujours, ma grande  passion, mon loyal et fidèle compagnon, c’est mon balai.
Vous croyez que ça va être pareil avec l’aspirateur ?
Par EtC
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Lundi 4 juin 2007

20h45. Vite, il faut que je m’en aille. Je suis vraiment en retard.
Un dernier petit coup d’œil dans le miroir (très bien, je suis présentable) et je mets mon manteau. Mais où sont mes clefs ? Dans ta main, pauvre fille ! Allez, maintenant, l’ascenseur, deux stations de métro et je suis dans ses bras ! Viiiiiiiiiiiiiiiite ! Depuis le moment que j’attends ça ! Des semaines que l’on discute sur Internet et voilà que le moment tant attendu arrive. Je suis dans un de ces états !!!

V’là autre chose ! Qu’est-ce qui se passe ce soir ? Ils ont tous décidés de sortir en même temps et en pleine semaine ? Jamais vu autant de monde dans cet ascenseur.
D’abord y’a la vieille du 6ème. Une espèce de taupe qui surveille tous les va et vient et qui chasse les chats de l’immeuble à grands coups de balai ! Elle s’est mise sur son trente-et-un la viauque ! Comme si ça pouvait changer quelque chose à son air aigri de mal-baisée. Non, non Mme Mesquine, le rouge à lèvres ne vous rend pas jolie.

Y’a aussi le petit jeune du 6ème, son voisin. Lui il est sympa. Déjà il dit bonjour ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Bien sûr il fait un peu de bruit certains soirs. Mais ce n’est pas tout le temps et à son âge on a bien le droit de s’amuser, non ? Tiens il me regarde avec un drôle de sourire. Non, non mon coco, ne rêve pas, je ne suis pas belle pour toi.

Puis, y’a le rondouillard du 5ème avec ses deux gamines mal polies et arrogantes et sa femme qui ressemble à rien mais qui se la pète. Alors celle-là, je ne peux pas me l’encadrer. Elle se croit supérieure aux autres. Elle fait celle qu’à du fric mais je l’ai surprise l’autre jour, rentrant de faire ses courses les mains pleines de cabas Ed. Vous savez l’épicier discount. Elle peut faire ses grands airs mais j’ai bien compris, moi, que derrière ses sacs Vuitton et ses foulards Hermès, elle n’avait pas de quoi faire manger ses gamines. Elle est tout ce que je déteste. Arrogance et suffisance, apparence et hypocrisie. Ce genre de bonne femme ce n’est pas le genre à faire partie de mes amies. En plus, je ne sais pas où elle va ce soir mais ce qui est sûr c’est que depuis qu’elle a mis les pieds dans ce foutu ascenseur ça pue drôlement ce parfum capiteux que je ne supporte pas. Elle en a mis une tonne, la mégère. Vite, il faut que je sorte de cette atmosphère nauséeuse et confinée. Parce que question espace, ils n’ont pas fait dans le loft pour cet ascenseur. A sept, ça tient du miracle si la sonnerie n’a pas encore retenti. Pourvu que ça tienne !!
Les étages défilent. Troisième, second. Et puis là, stop. Arrêt ! La cabine est immobile ! Non, ne me dites pas que nous sommes coincés !!

20h55. Dans cinq minutes je devrais être chez lui. Et je ne peux pas sortir de ce maudit ascenseur !
En plus l’autre mec du 6ème qui me colle. Celui-là commence vraiment à me gonfler avec ses mains qui profitent de l’exiguïté du lieu. Je le pousse du coude mais non, il ne comprend pas. C’est ça fait l’idiot joli cœur, je vais vraiment finir par m’agacer ! Tu vas comprendre, ch’ti gars, de quel bois je me chauffe ! Et qu’est-ce qu’elle a, la pollueuse? Elle n’veut pas se calmer ! Ce n’est qu’une panne. Suffit de sonner le service de manutention et on sera délivré. Mais qu’est-ce qu’elle attend pour sonner cette conne ? Je suis coincée entre la vieille taupe et le petit jeune et mon bras ne peut atteindre le bouton pour donner l’alarme. C’est bien, y’a le rondouillard qui se décide. Oui, c’est ça pépère, appuie sur le bouton. C’est bien, t’es un gentil garçon. Maintenant y’a plus qu’à espérer que ça réponde. La connexion se fait avec le service. Ca sonne, ça sonne et ça sonne pendant des minutes interminables. Alors, ils vont répondre ?
21h10. Toujours rien. La pétasse commence vraiment à s’exciter. Elle engueule les morveuses parce qu’elles se disputent. Puis c’est son mari qui trinque. Pourquoi l’a-t-il fait sortir pour aller à la soirée de son employeur ? Oui, pourquoi ? Elle aurait du rester chez elle avec les filles ! Comme elle l’avait décidé. Mais non, il avait encore protesté et total la voilà coincée dans cette fichue cabine au milieu des voisins. Il allait lui payer cette soirée pourrie. Son mec ne bronche pas. Que peut-il dire ? Visiblement il a horreur des esclandres. Et puis de toute façon, s’engueuler ne résoudra rien. Brave pépère, va ! A ta place, moi, j’aurai lâché l’affaire avec elle depuis longtemps.
Mais il va arrêter de coller ses mains à ma jupe, lui ? Hum, c’est agréable. Non mais qu’est-ce que je dis ? Je ne le connais même pas ce type ! C’n’est pas parce qu’il me dit bonjour qu’il doit se croire tout permis. Et puis, j’ai rendez-vous avec lechevalierdunet ce soir… Il faut que je me ressaisisse ! Je sens sa main qui bouge imperceptiblement Une chaleur incandescente se diffuse au creux de mon ventre. Mais pourquoi ça me fait ça ? Je ne suis pas en manque de sexe et ce garçon n’est pas mon genre. Pourquoi mon corps réagit-il comme ça ? J’ai une subite envie de me retourner et de coller ma bouche contre ses lèvres. De mélanger ma langue à la sienne et de me laisser caresser tout doucement. Mes jambes s’écartent subrepticement. Je sens un liquide s’échapper de moi et mouiller ma culotte. J’ai envie qu’il me prenne là, maintenant, sans attendre. Je suis comme folle. Il se rapproche de moi. Je sens son désir collé à mes fesses. Il me veut ! Mes yeux se plissent. Je tourne ma tête vers son regard. La lumière s’éteint. Je divague et me laisse aller à mes sens éveillés par toutes ses caresses.
Mais l’ascenseur redémarre. La lumière se rallume. Nous sommes au rez-de-chaussée.
Il est 21h30. Je n’irai pas au rendez-vous. Mon envie est passée.


EtC

Ecrit le 27 novembre 2005

Par EtC
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